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UT Tours Les Tiers-lieux entre innovations pédagogiques et sociales 2025-2026

 

Depuis la définition dans les années 1980 du concept de third place (Oldenburg, 1989), le terme de « tiers-lieu » s'est diffusé pour revêtir des usages divers, ne se restreignant pas à des lieux « tiers », se situant entre le domicile et le travail, et fondée prioritairement sur la seule sociabilité, présentée alors comme une source d'apprentissages informels. A titre d'exemple, le Groupement d’Intérêt Public (GIP) « France tiers-lieux » les présente comme des lieux visant à « mutualiser des espaces et des compétences, hybrider des activités et réunir un collectif citoyen engagé, favorisant la coopération pour répondre aux enjeux de leur territoire ». De fait, cette polysémie du terme conduit l'organisme à en recenser plus de 3500, un nombre sous-évalué tant ce terme s'est banalisé, et peut-être revendiqué par des entités fort différentes.

Cette approche correspond également à l’idée d’un espace socio-scientifique tiers (Marcel, 2021), qui se positionne entre les sphères académique, professionnelle et citoyenne. Il ne s’agit pas d’une simple plateforme de traduction ou de simplification, mais plutôt d’un lieu de création de savoirs ancrés. Dans cet espace, les limites entre recherche et intervention évoluent et s’adaptent. Les tiers-lieux pourraient alors être envisagés comme des configurations potentielles de ces tiers espaces. Ils favoriseraient des dynamiques de co-construction des savoirs, mais aussi de tensions découlant de relations de pouvoir, de légitimités organisationnelles et de conditions de reconnaissance des contributions de chacun des acteurs concernés.

Les tiers-lieux sont de plus en plus nombreux en France, que ce soit en milieu urbain ou dans les régions rurales fragilisées. Les pouvoirs publics reconnaissent désormais leur utilité comme instruments de transformation sociale et d’innovation territoriale. Ces espaces d’expérimentation multi-acteurs sont des infrastructures sociales hybrides dans lesquelles se réinventent les pratiques d’accueil, de coopération, de formation, d’insertion et d’accompagnement citoyen (Papadopoulou, 2021). Ils sont par ailleurs des « acteurs-passerelles » capables d’articuler des logiques publiques, associatives, professionnelles et habitantes.

Quel que soit leur parcours ou leur mode de fonctionnement, les espaces tiers ou tiers espaces (Bazin, 2018) sont porteurs d’innovations sociales au sens large, incluant les dimensions culturelles, écologiques, entre autres. Dans cette optique, les tiers-lieux peuvent également être appréhendés à partir du travail du commun (Nicolas-Le Strat, 2024). Au-delà d’espaces de mutualisation ou de coopération, ils participent à la production de communs, compris comme des processus situés de co-élaboration de ressources, de savoirs et de pratiques. Les tiers-lieux seraient alors à considérer comme des espaces où se redéfinissent les rapports d’apprentissages, d’usage, questionnant les formes de gouvernances, de légitimité et de partage des savoirs dans une perspective à la fois sociale, politique et épistémique.

Les études menées montrent que ces espaces produisent simultanément de l’innovation :

  • Politique, par l’intégration de démarches participatives et de formes d’accueil instituantes ;
  • Territoriale, en redéfinissant les rapports au territoire, aux solidarités, aux usages et au pouvoir d’agir ;
  • Pédagogique par la transformation et le développement de pratiques innovantes.